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publié le 23/11/2017 Imprimer Imprimer en PDF

Société | Enquête UCM - Ligue des familles

Indépendant et parent, ce n'est pas évident

© Richelle
Pour 90 % des parents indépendants, articuler vie professionnelle et vie familiale est difficile, voire très difficile (45 %). C'est deux fois plus que pour l'ensemble des parents. Il y a un problème !

La Ligue des familles, avec l'appui de l'UCM, a interrogé les parents indépendants. Étonnamment, c'est la première fois qu'une enquête cible cette catégorie de la population, pourtant nombreuse. La Wallonie et Bruxelles comptent à peu près 230.000 indépendants et beaucoup d'entre eux sont des papas ou des mamans.

Qu'ils aient plus de mal que la moyenne à vivre leur parentalité n'a rien d'étonnant. Non seulement leurs droits sociaux restent inférieurs à ceux des salariés (voir ci-contre), mais leur activité professionnelle les met très souvent sous pression. Avec ou sans salariés, faire tourner une entreprise est une responsabilité qui pompe du temps et de l'énergie. La pression des clients et des charges diverses n'autorise pas les parents à se consacrer tranquillement à leur famille.

Ainsi, 27 % des mères indépendantes ne prennent pas leur congé de maternité en entier, en raison de l'organisation de l'activité (65 %), pour des raisons financières (58 %) ou par peur de perdre des clients (44 %). Près d'une maman sur deux va au bout de son congé, mais en travaillant pendant une partie du temps. Du côté des pères, deux sur trois n'arrêtent pas leur activité pendant une seule journée complète à la naissance d'un enfant !

Après la naissance, la pression ne se relâche pas. Une maman indépendante sur trois met son bébé à la crèche dès trois mois. Elles sont même 9 % à recourir aux services d'une gardienne avant que le nouveau-né n'ait atteint ses deux mois, alors qu'une séparation aussi précoce est déconseillée.

Revendications

Les indépendants sont parfaitement conscients du fait qu'assumer une naissance et une famille est plus compliqué pour eux que pour les salariés ou les fonctionnaires. Ils réclament avec force du temps. Ils demandent, à une quasi-unanimité, l'allongement du congé de maternité à quinze semaines, comme pour les salariées, une forme de congé parental rémunéré et un congé de paternité. Toutefois, vu leurs contraintes professionnelles, tout cela devrait être flexible.

Ligue des familles

"La possibilité de prendre son congé de maternité à mi-temps indique la voie à suivre, estime Arnaud Deplae, secrétaire général de l'UCM. Obliger un indépendant à cesser son activité est moins adapté que de l'indemniser pour une réduction de son activité. Typiquement, c'est le cas pour le congé de paternité. S'il faut mettre la clé sous le paillasson pendant dix jours, beaucoup de pères ne le prendront pas parce que c'est impossible. Mais leur permettre, par un incitant financier, de lever le pied après la naissance de leur bébé, a du sens."

"Il est aussi nécessaire, ajoute Arnaud Deplae, d'améliorer les structures d'accueil des enfants en bas âge, qui sont souvent mal adaptées aux réalités des indépendant(e)s." 

 

"Gare au burnout parental"

L'enquête de la Ligue des familles et de l'UCM s'est aussi penchée sur les congés de maladie. La conclusion est rude : 80 % des indépendants travaillent alors qu'ils sont sous certificat.

© Philippe Turpin/Belpress.com

La cause de ce non-respect des prescriptions médicales est évidente : la pression du boulot. Les conséquences peuvent être sévères. Personne ne peut aller puiser dans ses réserves sans prendre le risque d'aggraver sa situation et de s'exposer à des risques majeurs. Le gouvernement vient d'améliorer la situation en réduisant le délai de carence (période d'incapacité de travail non indemnisée) d'un mois à deux semaines. Pour l'UCM, il faut aller plus loin et indemniser dès le premier jour, comme pour les salariés, les incapacités qui dépassent deux semaines.

Cette pression sur les indépendant(e)s préoccupe la Ligue des familles. "Le burnout parental est une réalité, estime sa secrétaire politique, Delphine Chabbert. Il faut le prévenir en prenant en compte les besoins nouveaux et les réalités nouvelles. Il faut aller vers plus d'égalité entre les familles et plus d'égalité entre les hommes et les femmes. C'est pourquoi nous demandons des améliorations en faveur des indépendants et en particulier l'instauration d'un congé de paternité. Trois propositions de loi ont été déposées au Parlement sur ce sujet et le précédent ministre des Indépendants, Willy Borsus, y était favorable. Si son successeur, Denis Ducarme, a le même avis, c'est une avancée qui peut se faire assez rapidement." 

 

Avantage aux salariés

Lors d'un accouchement, une salariée a droit à quinze semaines de congé, et le premier mois est payé à 82 % de la rémunération, sans plafond. L'indemnité est ensuite de 75 % du salaire, avec un plafond.

L'indépendante n'a que douze semaines d'interruption, avec une indemnité forfaitaire de 475 euros par semaine. Neuf de ces semaines peuvent être prises à mi-temps et donc étalées au maximum sur dix-huit semaines, avec une demi-indemnité. Une indépendante reçoit en outre 105 titres-services, d'une valeur de neuf euros pièce.

Les pères salariés peuvent prendre dix jours de congé payés, dans les quatre mois suivant l'accouchement. Il n'existe rien de tel pour les indépendants.

Enfin, les salariés ont droit à quatre mois de congé parental à prendre avant les douze ans de l'enfant. Ils peuvent être fractionnés et pris à mi-temps ou en cinquième temps. Une allocation est versée dont le montant net mensuel est au minimum de 678 euros pour un arrêt complet.