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publié le 29/08/2017 Imprimer PDF

Créer un droit à la déconnexion est une fausse bonne idée

Pierre-Frédéric Nyst, président UCM

Le ministre de l'Emploi, Kris Peeters, veut prévenir le burnout des salariés en instaurant un "droit à la déconnexion". En gros, après 17 heures et jusqu'au lendemain matin, un employé serait injoignable et même privé d'accès au réseau de son entreprise. Pas d'appels, pas de messages, pas de mails : voilà, selon le ministre, la recette pour arriver en forme le lendemain matin.

Dans une PME, imposer une telle règle serait une aberration. Il n'est évidemment pas question d'exiger que chaque salarié soit disponible en permanence pour réagir à un mail dans les cinq minutes. Un tel abus serait contreproductif et contraire à une réglementation déjà très stricte, qui limite les moments où le travailleur est soumis à l'autorité de son employeur. Mais instaurer un droit à la déconnexion, qui dans les faits serait une obligation de déconnexion, serait non seulement superflu, mais clairement nuisible.

Interdire l'accès au bureau virtuel en dehors des heures de travail peut nuire gravement au bon fonctionnement de l'entreprise et n'apporte rien à la tranquillité d'esprit des salariés. Ils sont au contraire nombreux à souhaiter terminer une tâche au calme, préparer une réunion, examiner un dossier sans être physiquement dans l'entreprise. Consulter ses mails chez soi peut être apaisant et permet de planifier sa journée.

En réalité, le combat de Kris Peeters est un combat d'arrière-garde, une nostalgie du XXe siècle. La fantastique avancée technologique de ces dernières années a imposé la flexibilité dans l'organisation du travail. Dans beaucoup de métiers, on peut faire son boulot où on veut, quand on veut. C'est une évolution incontestablement positive, qui permet de mieux conjuguer vie privée et vie professionnelle. S'il y a des personnes qui sont déstabilisées, c'est par la pédagogie et le bon sens qu'il faut répondre.

Je signale aussi au ministre que s'il impose un droit à la déconnexion, la médaille aura un revers. Pendant les heures de travail, le lien de subordination est indiscutable et permanent. Si l'on découpe à la hache la vie des gens, alors le salarié n'a pas à traiter de questions personnelles quand il est au bureau. Pas question de lire un mail privé, de se connecter à sa banque ou de prendre une info sur internet sans lien avec son travail. Est-ce cela qu'on veut ?

Le burnout – des salariés comme des indépendants d'ailleurs – est un problème extraordinairement complexe. Le travail est loin d'en être la cause unique, ni même souvent principale. La déconnexion envisagée par Kris Peeters ne règle rien. Inadaptée à la vie réelle, une telle mesure ne peut que mettre davantage de pression sur les PME et leur personnel.

 

Pierre-Frédéric Nyst,

président UCM

 

Z'ont dit
De Christine Defraigne

(MR), présidente du Sénat : "La politique reste un milieu très macho. On a beau dire le contraire, ça reste un bastion masculin. (...) Oui, on veut des femmes sur les listes. Mais après, ça devient plus compliqué." (La Libre Belgique, 26/10/17)

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