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publié le 29/08/2017 Imprimer Imprimer en PDF

Alimentation | Les œufs au Fipronil déclenchent une crise de confiance

Cafouillage initial, puis réaction adéquate

pexels.com

Le ministre Collin prévoit une opération "crêpes" dans les écoles pour redorer le blason du secteur qui a perdu des plumes.

La crise du Fipronil a créé l'émoi dans les poulaillers, fragilisant le secteur avicole et jetant un doute sur la garantie sanitaire de l'alimentation. Les indemnisations sont en place. État des lieux.

L'été 2017 coule paisiblement, entre météo maussade, descente de l'Ourthe en kayak et festivals de musique, lorsqu'une information tombe début août : les œufs, l'un des composants de base de notre alimentation, seraient une petite bombe à retardement, contaminés par le Fipronil. Il s'agit d'un puissant insecticide utilisé pour éradiquer le pou rouge, le cauchemar des aviculteurs spécialisés en poules pondeuses. Les poulets élevés pour leur viande, eux, ne sont pas touchés puisqu'engraissés six semaines avant de finir sur la table familiale.

De jour en jour, le dossier plombe l'ambiance estivale. Très vite, l'Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) est pointée du doigt pour son manque, voire son absence de communication. Le consommateur s'inquiète, le numéro vert mis à la disposition de la population est pris d'assaut, d'autant que les médias confirment le dépassement des seuils de sécurité européens sur plusieurs analyses d'échantillons. Le vocable "crise alimentaire" est lâché ; des œufs contaminés sont identifiés jusqu'en Corée du Sud.

Pas si "Chickfriend" que ça...

Les enquêteurs cherchent la source des dépassements de normes. Ils identifient 26 suspects (personnes et entreprises), mènent une dizaine de perquisitions en Belgique et aux Pays-Bas, et mettent la main sur deux vils renards entrepreneurs, propriétaires de "Chickfriend" aux Pays-Bas. Ce sont eux qui ont sciemment introduit le Fipronil, pourtant interdit, dans la composition de leur insecticide.

© Richelle

Panique dans les poulaillers ! Le Boerenbond annonce, pour la Flandre, une perte sèche de 10 millions d'euros. Un agriculteur de Houffalize gaze ses 35.000 poules pondeuses plutôt que de continuer à les nourrir sans pouvoir commercialiser la production. L'association Gaia lui sautera au barbillon.

Une "taskforce" est alors mise en place au 16 rue de la Loi, chez le Premier ministre. Une première réunion se tient pour dresser l'état des lieux, une seconde plus technique pour informer et fixer les indemnisations. L'UCM et Aplsia (Association professionnelle du libre-service indépendant en alimentation) sont autour de la table. De cette seconde réunion, le gouvernement fédéral sortira dix mesures, particulièrement importantes pour les TPE et PME de production, mais aussi de transformation et commercialisation du secteur.

Ces mesures vont permettre aux entreprises d'obtenir un plan de paiement des cotisations patronales, de reporter leurs versements personnels à leur caisse d'assurances sociales, d'avoir recours au chômage temporaire en août, de profiter d'une exonération des intérêts et amendes pour le retard et non-paiement du précompte professionnel, de se regrouper en class action, d'échelonner les crédits, et de bénéficier d'un mécanisme d'indemnisation pour les frais générés par la crise.

 

 

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La bouffée d'air de la Sowalfin 

Le groupe Sowalfin a reçu une mission du gouvernement wallon, afin de trouver une solution rapide et efficace aux besoins de trésorerie des entreprises, directement concernées ou non.

Une réunion technique a eu lieu entre la Febelfin (Fédération belge du secteur financier) et la Sowalfin le 15 août. Des solutions ont été trouvées pour les producteurs primaires de produits agricoles d'une part, et le secteur agro-alimentaire (transformation et commercialisation) d'autre part.

Pour les producteurs primaires, la Sowalfin peut intervenir au travers de son "produit mixte" automatique, déjà opérationnel avec les banques partenaires. Concrètement, il s'agit de garantir un crédit bancaire de maximum 50.000 euros (à hauteur de 75 % maximum) et d'octroyer parallèlement un prêt subordonné de 25.000 euros maximum (à un taux préférentiel), de manière automatique (pas de ré-analyse par la Sowalfin du dossier). Le traitement est garanti en quatre jours ouvrables maximum.

Pour le secteur agro-alimentaire, en fonction de ses besoins de trésorerie et de la taille de l'entreprise (petite entreprise/PME), la Sowalfin propose les solutions de produit mixte automatique ou la garantie et le prêt subordonné Sowalfin (moyennant analyse). Là aussi, les délais de réponse sont très courts.

De son côté, le gouvernement wallon a reconnu la problématique des œufs contaminés au Fipronil comme un événement exceptionnel, et dégage un subside de 15.000 euros pour chacune des exploitations wallonnes. Un helpdesk assure le montage des dossiers des éleveurs concernés.

 

sowalfin.be

 

Trois questions à Luc Bormans, président d'Aplsia

Luc Bormans (président Aplsia)

- En quoi la crise du Fipronil touche-t-elle les membres Aplsia (libre-service en alimentation) ?

- Notre core business, c'est le commerce alimentaire. Nous sommes directement concernés par la vente d'œufs et de produits dérivés, comme premier maillon de la chaîne, car nous vendons les produits, et dernier maillon, puisque nous ne sommes pas producteurs. Nous avons informé nos membres très rapidement. Ils ont aussi reçu des infos des franchiseurs.

 

- Quel regard posez-vous sur l'Afsca ?

- Sans lui jeter la pierre, l'organisme a prouvé qu'il ne fonctionne pas à 100 %. Dans une crise comme celle-ci, le consommateur devrait pouvoir trouver une information claire et précise dès le début. Ce ne fut pas le cas. À la décharge de l'Afsca, la coexistence de plusieurs normes ne simplifie pas la vie !

 

- Pensez-vous que votre secteur sera indemnisé ?

- Très sincèrement, non. On n'a rien eu lors de la crise de la dioxine en 1999, qui était bien pire. Il y a un effet d'annonce mais reporter un paiement ou l'autre n'arrange rien. En réalité, la crise du Fipronil pose un problème plus large car nous devons être sûrs à 100 % et en permanence de la qualité sanitaire des aliments. Indemniser, c'est bien. Éviter que ça se passe, c'est mieux !

 

Isabelle Morgante

Z'ont dit
De Michel Claisse,

juge d'instruction, sur les "Paradise papers" qui montrent comment les grosses fortunes et les multinationales éludent le fisc : "C'est difficile d'aller récupérer cet argent car les paradis fiscaux sont des coffres-forts inviolables dont on n'a pas la clé ni le code." (La Première, 07/11/17) 

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