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publié le 15/06/2017 Imprimer Imprimer en PDF

Secteur | Le statut de l'artisan a un an

Un vrai succès, et ce n'est qu'un début

© Richelle
Cela fait un an que les artisans peuvent demander une reconnaissance auprès d'une commission spécialement créée. Près de mille certifications ont été décernées. Une nouvelle histoire commence...

Le parcours a été très long. C'est en 2014 qu'a été votée la loi donnant une définition légale de l'artisan, mais elle n'est entrée en vigueur qu'en juin 2016. Un an plus tard, 918 artisans ont déjà été reconnus. Cette reconnaissance leur permet d'utiliser le logo "artisanat certifié" et de figurer au registre officiel des artisans disponibles sur le site du SPF Économie.

C'est un incontestable succès. Quand on lance une initiative de ce type, les premiers pas sont les plus difficiles. Il faut que l'information circule et qu'un nombre minimal de personnes se lancent pour que la reconnaissance prenne de la valeur. Qu'un petit millier d'artisans soient déjà reconnus après seulement une année d'existence du statut témoigne de l'intérêt des premiers intéressés. C'est particulièrement vrai côté francophone puisque les artisans wallons et bruxellois représentent 52 % des dossiers aboutis.

Pour être reconnu artisan ou entreprise artisanale, il faut être un indépendant en personne physique ou une personne morale comptant moins de vingt travailleurs. Il faut exercer "des activités présentant des aspects essentiellement manuels, un caractère authentique, développant un certain savoir-faire axé sur la qualité, la tradition, la création ou l'innovation." Le candidat artisan doit introduire une demande auprès de la Commission artisan où siègent activement l'UCM et son pendant flamand l'Unizo, via un formulaire type disponible sur le site du SPF Économie.

Améliorations à envisager

Le ministre envisage une évaluation de ce statut, comme le demande l'UCM. Plusieurs améliorations sont en effet possibles. Tout d'abord, il faut renforcer les outils dont bénéficie la Commission artisans pour instruire les dossiers de demande et examiner les plaintes. Des visites ponctuelles auprès des candidats artisans et des artisans reconnus seraient souhaitables.

En deuxième lieu, il faut rendre possible la reconnaissance de seulement une partie des activités d'une entreprise ou d'un artisan. La Commission doit actuellement refuser des dossiers valables parce que l'artisanat n'occupe qu'une partie du temps et de la production.

Enfin, il est temps de réfléchir à des mesures spécifiques en faveur des artisans, en matière de formation ou de fiscalité par exemple. C'était impossible parce qu'on ne pouvait pas identifier les artisans. Le registre permet à présent d'envisager des facilités pour les seuls détenteurs du titre. L'artisanat n'est pas seulement une activité économique, il est porteur de qualité de vie et permet la transmission de savoir-faire. La reconnaissance que procure le statut aux yeux du grand public devra s'accompagner un jour – le plus tôt sera le mieux – de mesures aussi concrètes qu'un taux de TVA réduit par exemple.

 

"Viser l'excellence d'une profession"

Né dans le sud de la France, Romain Pantoustier a choisi de consacrer sa vie au parfum et d'ouvrir un atelier de fabrication artisanale au centre de Namur. Il est officiellement artisan depuis peu.

Ce titre d'artisan, Romain Pantoustier en est fier comme de la finesse des bouchons de ses fioles délicates. C'est une opportunité professionnelle de son père qui a conduit ce natif des Cévennes (France) dans le Brabant wallon. Chimiste diplômé de l'Université catholique de Louvain (UCL), Romain est aussi bachelier en marketing et management. Ses premiers pas professionnels, il les a accomplis au sein du département recherche & développement d'un groupe multinational. Les parfums d'Ariel liquide, c'est lui.

"Mes parents, en me donnant le goût de la gastronomie et du vin, ont développé mes sens gustatif et olfactif. Les parfumeurs de mon employeur se sont rendu compte de mes très bonnes capacités et m'ont proposé de travailler avec eux. Mais c'était si éloigné de mes valeurs d'artisan. Après avoir quitté mon premier poste en 2012 pour intégrer les rangs du numéro 2 mondial de la parfumerie, j'ai définitivement démissionné du circuit industriel à Noël 2015."

Romain Pantoustier a entamé alors l'itinéraire d'entrepreneur artisan, soutenu par son épouse, cadre supérieure dans l'industrie pharmaceutique. Pendant huit mois, il a développé son projet à la maison, embaumant (très brièvement) le bureau, s'installant ensuite dans la cave familiale... Il a fini par trouver un espace à Namur, rue du Président, dans lequel il a créé son atelier en novembre dernier. "Namur est ma ville de cœur, ses habitants ont des choses à dire et respirent leur ville. L'approche des commerçants indépendants me plaît beaucoup, il y a une culture de la différenciation, proche de la mienne. Je partage mon savoir-faire tous les jours au sein de mon atelier. Le verre des flacons est d'Ittre et les étiquettes de Namur. Mes valeurs sont le respect de la nature, dont je retranscris le côté émotionnel et la compréhension des odeurs. Je défends l'animal et le végétal ; c'est une question de philosophie. Les matières s'inscrivent dans un esprit de développement durable et une approche respectueuse de la nature."

Romain est officiellement artisan certifié depuis le 17 janvier dernier. C'est un premier pas. "Ce statut donne de la perspective aux professions artisanales, c'est une reconnaissance légale des métiers d'excellence. J'espère que nous irons plus loin que le logo, notamment en matière de valeur ajoutée." 

 

I.M.

nezzen.be